2018, vers un grand millésime ?

2018, vers un grand millésime ?

Sur le papier, le millésime 2018 ressemblait fort à un millésime catastrophique. Des pluies importantes en hiver, une chaleur très humide au printemps qui engendrèrent des attaques, parfois virulentes, de mildiou, ce champignon microscopique qui fait des ravages dans les vignes et qui joue sur les rendements. Le moral était au plus bas, la fatigue devenait intense et les perspectives n’étaient pas gaies.

La-dessus vint se greffer, en Champagne dans une moindre mesure, mais surtout dans le bourgeais, le blayais, une partie du sud Médoc et dans le Languedoc, des orages de grêle qui firent de gros dégâts mais très localisés. Ambiance plutôt morose !
Puis, aux derniers jours de juin, le temps se modifia de manière aussi soudaine que radicale. Les journées ensoleillées furent la norme avec des chaleurs importantes, frisant les 40 degrés dans certaines régions. Tout cela dura sur l’ensemble du mois de juillet qui fut, selon les statistiques météorologiques, le plus chaud depuis 1900 après 2003. Fort heureusement, les nuits ne furent pas caniculaires (sauf en Provence et dans les Pyrénées-Orientales) et la vigne ne se mit pas en stress hydrique.
La véraison, ce stade où le raisin change de couleur, fut un souffle d’espoir (le mildiou ne se développe plus sur la grappe lorsque cette dernière change de couleur) laissant un peu de répit à des vignerons ivres de fatigue par tant de lutte. Malheureusement, dans certaines régions comme le bordelais, la Provence dans une moindre mesure, la Loire et le Rhône, certains domaines furent dévastés par cette invasion cryptogamique. Ne parlons pas des vignerons en culture biodynamique ou biologique pour qui la lutte fut féroce.

Début août fut dans la même veine que juillet. Des journées très chaudes, voire caniculaires, un ensoleillement important et des pluies très limitées. Tout pour que le raisin murisse parfaitement. Le sourire revenait, l’ambiance s’améliorait.

Le sourire revenait, l’ambiance s’améliorait.

Bizarrement, malgré des journées chaudes et un manque d’eau durant l’été, ce sont les régions septentrionales qui connurent la plus grande précocité. Le nord-est commença les vendanges bien avant la partie sud-ouest – sud-est. La région Alsace, le Jura mais surtout la Champagne commencèrent dès la fin aout, à peine les derniers vacanciers revenus, et les pinot noirs semblaient exceptionnels. L’Alsace sous un temps magnifique a déjà, à l’heure où j’écris ces lignes, fini le ramassage tout comme la Bourgogne et la Champagne.

A Bordeaux, si les blancs ont été rentrés dans les chais dès les derniers jours d’aout pour les plus précoces, les rouges attendent encore un peu. Quelques propriétés bien situées sur les plateaux calcaires de Saint-Emilion ont commencé les vendanges. Dans le Rhône, certains blancs sont déjà rentrés tandis que le cépage Marsanne joue les retardataires.

La Bourgogne, où certains blancs ont été ramassés en même temps que les rouges, a connu une vendange précoce. Comme en Champagne, la qualité des pinots noirs est exceptionnelle. Par contre, les blancs manquent d’acidité et les premiers jus donnent un réel avantage aux rendements maitrisés et au travail de fond. Attention aux acidifications forcées !

Dans l’ensemble, là où nous attendions un millésime en demi-teinte, où les frimas du printemps ne nous ont pas laissé aller à l’optimisme, il se pourrait bien que 2018 soit, dans de nombreuses régions, un très beau, voire un très grand millésime.

Comments are closed.