Bordeaux 2016 en bouteilles : l’éclat du terroir

Bordeaux 2016 en bouteilles : l’éclat du terroir

Alors, ce 2016 ? Grandiose ou pas ? Dès les dégustations en primeur, nous annoncions notre enthousiasme pour ce millésime si agréable à déguster. Entre acidités élevées (donc pH bas), capacité à retranscrire parfaitement les différents terroirs de Bordeaux ou fruité gourmand et suave, 2016 s’annonçait déjà comme un très grand millésime. Mais on le sait, à Bordeaux, s’il n’y a de grand millésime que celui à la vente, pour suivre les éléments de langage du négoce, il n’y a de millésime immense ou exceptionnel qu’après les élevages.

Cette période de « repos » du vin, entre les primeurs et la mise en bouteille, est cruciale dans l’interprétation du millésime. Trop de travail, de soutirages, de mouvements et le vin s’oxyde, trop de bois et le vin s’assèche, trop de tout et les vins perdent leur vigueur, leur franchise aromatique, leur potentiel de garde.
2016 n’échappe pas à cette constatation. La plupart des vins ont gagné en précision, en élégance, en qualité de tanins. Le savoir-faire bordelais en matière d’élevage est incontestable et les vigneronnes et vignerons ont réussi à mettre à profit cette étape décisive dans la vie du vin. Les terroirs marquent encore les vins, ce sera une caractéristique du millésime, et la plupart des vinificateurs ont parfaitement gommé les quelques tanins un peu anguleux qui pouvaient apparaitre quelquefois, au profit d’une précision subtile, d’un toucher de bouche très souvent satiné.

Mais là où certains excellent, d’autres patinent. Impossible de passer sous silence l’interprétation de certains, notamment en rive droite, dans les saint-émilion grands crus classés en particulier, où quelques vins sont plus durs, plus boisés, plus extraits que lors des dégustations des primeurs. Ceux-là sont passés à côté d’un millésime qui s’annonçait pourtant exceptionnel. Mais ce phénomène ne doit pas être l’arbre creux qui cache une forêt vigoureuse. L’immense majorité des vins de Bordeaux en 2016 est tout simplement exceptionnelle et, comme nous le disions alors dans notre analyse du millésime, les cabernets-sauvignons sont tout simplement d’une classe rarement atteinte à ce jour.

Le fait remarquable de 2016 est sans aucun doute sa capacité de garde. Alors que le consommateur n’a plus l’habitude de garder les vins à leur optimum qualitatif, 2016 s’annonce d’ores et déjà, comme un millésime de grande garde. L’acidité, la qualité des tanins, les structures denses, mais pas lourdes, tout concourt à un vieillissement de plusieurs décennies pour les meilleurs vins et pour le plus grand bonheur des aficionados des vins matures.

Et quid des prix ? Le contexte international est morose. C’est un fait. Les transactions de la place de Bordeaux sont, depuis décembre 2018, totalement atones et de nombreux vins « reviennent » de l’Asie, n’ayant pas trouvé preneur pour différentes raisons. Conséquences, les prix stagnent et la spéculation, à part sur quelques crus bien ciblés, ne semble pas être le vecteur commun de ce millésime. Une bonne nouvelle pour les amateurs. En effet, ces derniers pourront trouver des vins livrables au prix des primeurs (et donc éviter l’immobilisation de trésorerie), mais surtout, pourront, dans les années à venir, acheter quelques bouteilles absolument splendides à des prix intéressants voire en dessous de certains grands millésimes qui commencent, eux, à disparaitre des marchés.
Quoi qu’il en soit, 2016 est un millésime de grande ampleur à Bordeaux. Tant par la qualité, que par les rendements, ce qui devrait suffire à contenter tout le monde.

Bonne lecture et belles dégustations !

Les notes et commentaires.

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