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Château Haut-Bailly : « un chai de demain, pas d’aujourd’hui »

On dit souvent que les meilleurs vignerons cultivent leur vigne comme un jardin. On dit aussi que les vins ressemblent souvent à leurs propriétaires et concepteurs. Rien d’anormal, dès lors, que le nouveau chai de Château Haut-Bailly ressemble aux vins du domaine, qu’il soit épuré, harmonieux, délicatement structuré et qu’il mette en avant l’environnement par sa discrétion et son harmonie au sein du vignoble qui l’entoure. Allons-y tout de go : ce chai est une réussite.

Trouvant sa genèse dans le projet en trois temps, « Haut-Bailly demain », il est l’oeuvre de l’architecte Daniel Romeo, fondateur de l’Agence Romeo, un jeune architecte doué qui a officié notamment à Château Cheval Blanc sous la houlette de Christian de Portzamparc.

« La première phase de notre plan Haut-Bailly demain était le vignoble », annonce Véronique Sanders, la présidente du Château Haut-Bailly. « Nous avons adapté le vignoble au réchauffement climatique et réalisé des fosses pour élaborer une carte pédologique », ajoute-t-elle. Deux ans de travail intense avant de penser à la deuxième étape : le chai.

Deux années de réflexion

« Après deux années de réflexion et d’études, puis deux ans de chantier, la réalisation répond parfaitement à nos attentes, sans ostentation, sans démesure. Daniel Romeo a su capter notre volonté d’une construction à la fois fonctionnelle et esthétique, s’intégrant parfaitement dans son environnement tout en offrant des espaces de travail importants. Au deux tiers enterré, le bâtiment est d’une grande discrétion ; il s’intègre au paysage et forme comme un prolongement de la colline dominée par Haut-Bailly. L’intérieur est spectaculaire, les volumes inattendus, les perspectives multiples, la sensation de paix et d’harmonie omniprésente. » Puis d’ajouter : « Nous voulions un chai de demain, pas d’aujourd’hui ».

Et il est vrai que ce bâtiment est esthétiquement magnifique et en avance sur son temps. À l’extérieur, à terme, il sera recouvert de végétaux laissant à peine deviner sa présence. Le toit, comme un jardin, s’harmonise parfaitement avec les environs et représente à merveille les fabuleuses croupes graveleuses du terroir de Haut-Bailly. Et l’intérieur, largement inspiré par les demandes précises de Gabriel Vialard, le directeur technique, qui a tout pensé dans les moindres détails, répond aussi bien de la fonctionnalité que de l’esthétisme. Le mélange d’inox, de bois, les cuves en béton avec leurs jupes harmonieuses, le chai à barriques, véritable cathédrale du vin, tout concourt à la bienséance et à la maitrise technique.

Un chai qui se vit

Ce chai ne se décrit pas, il se ressent ; contempler, humer, se laisser prendre par la sensibilité du lieu et s’émouvoir, simplement, de la beauté du paysage. Car c’est finalement là, la réussite de cet ouvrage : découvrir le paysage des vignes qui l’entoure, prendre conscience de la place centrale du château historique et s’oublier ; on pourrait revenir sur les folies techniques, comme la volonté de l’architecte de faire fi des 20 poteaux originaux qui devaient soutenir la voute, on pourrait s’extasier des puits de jours qui laissent la lumière naturelle atterrir doucement sur l’ensemble du chai ; on pourrait regarder les astuces, nombreuses, que Gabriel Vialard a trouvées ; on pourrait penser à la bouteille de Haut-Bailly 2017, année du décès de Bob Wilmers, placée en son hommage au milieu de l’impressionnante dalle de béton ; on pourrait aligner les chiffres, expliquer que le bâtiment est construit en sous-sol et en demi-étage, inciter à prendre conscience des essences locales du jardin pour finir notre argumentaire en insistant sur l’écoconstruction et le label HQE du bâtiment. On pourrait…

Il est pourtant préférable de se rendre sur place. Ce bâtiment se vit, il ne se décrit pas. Il convient de prendre un peu de temps pour comprendre l’intelligente marche du raisin du vignoble à la cuve, du chai de vinification au chai à barriques. Il est nécessaire de humer les odeurs, de regarder les lignes parfaites, harmonieuses et délicates. Il conviendra de s’arrêter dans le chai à barriques, en plein milieu, au croisement de quelques lignes furtives : parlez et écoutez, une surprise vous y attend. Elle est la découverte de Véronique Sanders. Alors la salle de dégustation, avec sa table magnifique, vous accueillera et comme un écho vous comprendrez toute l’intelligence et la beauté du lieu. On ne se rend compte de la magnificence de ce maitre ouvrage qu’en le vivant. Je m’arrêterai donc là.

Belle(s) visite(s).

Copyright photos : Victor Cornec et Florent Larronde

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