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Classement de Saint-Émilion : suite et pas encore fin

Décidément, l’affaire du classement de Saint-Émilion, comme il convient désormais de l’appeler, est une longue et délicate affaire. Par une dépêche AFP, on vient d’apprendre le renvoi devant la justice d’Hubert de Boüard et de Philippe Castéja, pour « prise illégale d’intérêts » selon les termes de l’ordonnance de renvoi devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux. Les deux personnalités bordelaises sont donc soupçonnées par la justice d’avoir été à la fois juges et parties lors de l’organisation et du déroulement du classement de Saint-Emilion en 2012.

Pourtant, en avril dernier, la cour d’appel avait donné tort aux plaignants de l’affaire du classement ( les trois châteaux à l’origine des plaintes), décision validée selon un communiqué envoyé par l’INAO, mettant en avant « le bien-fondé de la démarche suivie, la fiabilité de la procédure d’examen mise en place, la rigueur avec laquelle elle a été appliquée et le respect de hauts standards de transparence et d’égalité de traitement entre les candidats» approuvant par là-même le classement de Saint-Emilion en 2012.

La magistrate chargée d’éclairer le dossier avait même balayé, lors d’une audience de la cour administrative, l’ensemble des dix anomalies relevées par la défense et avait requis un non-lieu pour les deux personnalités bordelaises.

Une décision un peu hâtive selon Maître Eric Morain, le défenseur des châteaux à l’origine de la plainte : « on oublie un peu vite que c’est le juge d’instruction qui décide et pas le procureur » assène-t-il à Anthocyanes.fr. « L’ordonnance de 20 pages répond à l’ensemble des charges et consolide le renvoi devant le Tribunal correctionnel pour prise illégale d’intérêts ».

C’est une décision « forte et courageuse » insiste Maître Eric Morain, « qui survient dans un climat où le parquet de Bordeaux n’a pas fait preuve de beaucoup d’impartialité ».« Il y aura donc un procès », insiste l’avocat, ajoutant « c’est un immense soulagement d’avoir été crus ».

« Nous découvrirons les éléments matériels lors du procès. J’espère seulement que l’INAO va se constituer partie civile, lui qui s’est fait rouler dans la farine. L’institut verra ce qu’il n’a pas vu. Il n’a vu que l’apparence, il verra désormais ce qui lui a été caché » conclut-il.

Pour rappel, Hubert de Boüard, copropriétaire du Château Angelus, et Philippe Castéja, propriétaire du château Trotte Vieille, avaient été mis en examen en septembre 2018 pour des faits qu’ils ont toujours contestés. Les deux personnalités bordelaises ont fait appel à des « cadors » du barreau parisien : Hubert de Boüard sera représenté par le cabinet de Maître Éric Dupond-Moretti, Dupond-Moretti & Vey. Quant à Philippe Castéja, il sera représenté par Maître Jean-Yves Le Borgne ou un de ses collaborateurs ou associés.

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