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Septembre dynamique : Inglenook

Concluons notre série sur les vins internationaux mis en vente sur la place de Bordeaux par Inglenook. J’ai reçu les échantillons mi-octobre, d’où le léger décalage par rapport aux précédents.

Bien que fondé en 1879, Inglenook n’est pas le plus ancien domaine de la Napa Valley, mais figure néanmoins en bonne place pour concourir au titre « des domaines icônes » de cette partie de la Californie. C’est Gustave Niebaum, un marchand de fourrure finlandais, qui créa le domaine à Rutherford et construisit le bâtiment en pierre que Francis Ford Coppola, son actuel propriétaire, rénove et entretien avec passion.

Inglenook est entré dans la légende des grands vins américains grâce à John Daniel Jr, grand-neveu du fondateur, vinificateur et propriétaire à partir de 1939. Son 1941 Cabernet Sauvignon marqua les esprits et il produisit une série de vins remarquables les années suivantes. Malheureusement, il fut obligé de vendre le domaine en 1964. S’ensuivit une période peu glorieuse pour la marque et les vins. Le célèbre réalisateur Francis Ford Coppola se porta alors acquéreur en 1975, mais pour une partie seulement puisqu’il ne put racheter la marque et le nomma Niebaum-Copolla. Ce n’est qu’en 2011, l’année où il fit venir Philippe Bascaules, le bras droit de Paul Pontallier à Château Margaux, qu’il put racheter la marque et modifia le nom pour revenir aux origines. Aujourd’hui, Inglenook, c’est 95 hectares de vignes dans l’appellation Rutherford, une production de vins rouges et blancs et un très grand nombre de cépages, allant du viognier au vermentino en passant par la marsanne, la syrah ou le zinfandel mais aussi, bien évidemment, les cépages rouges traditionnels du Bordelais.

L’apport de Philippe Bascaules (qui partage aujourd’hui son temps entre Château Margaux et Inglenook) fut d’une importance majeure pour le domaine californien. À son arrivée, il révolutionna les vins vers plus de finesse, plus de précision, plus de tension également, un travail débuté par les équipes de Stéphane Derenoncourt appelées en support depuis 2008. Il a été recruté pour exploiter le potentiel du domaine quitte à modifier le style des vins, car trop californiens, et a réussi à faire des vins d’Inglenook des vins plus en accord avec leur terroir. En effet, les sols volcaniques appellent la tension, la fraicheur et la précision qui manquent parfois aux vins californiens, denses, boisés et massifs par essence. Un travail d’autant plus salutaire car, comme je l’expliquais pour Beaulieu, l’AVA Rutherford est en quelque sorte le « Saint-Estèphe » de Californie et les vins ont tendance à être encore plus denses que ses proches voisins.

Les vins des cuvées qui suivent sont particulièrement réussis. Le millésime 2017 fut tout d’abord pluvieux en hiver et au printemps, puis chaud et très sec durant l’été engendrant les feux catastrophiques que nous connaissons. Les vendanges se déroulèrent de fin aout jusqu’aux premiers jours d’octobre. Philippe Bascaules a réussi à capturer dans les vins cette fraicheur printanière tout en utilisant à bon escient la dureté du climat en été. Ils sont parfaitement équilibrés, avec des arômes frais et des tensions réelles qui lui apportent une singularité.

Deux cuvées m’ont été envoyées :

  • Cabernet Sauvignon est une cuvée hommage à John Daniel Jr et notamment à son célèbre 1941 Cabernet Sauvignon qui, nous l’avons dit, mit sur le devant de la scène vinaire Inglenook. Bien que son nom laisse penser à un mono cépage, c’est en fait un vin d’assemblage. En 2017, il est composé de 93 % de cabernet-sauvignon, 5 % de cabernet franc, 1 % de merlot et 1 % de petit verdot. Un élevage de 18 mois en barriques, pour moitié en futs neufs en provenance de France.
  • Rubicon est produit depuis 1978. Il est issu d’une sélection de parcelles, les meilleures de la propriété (Cohn, Gio, Creek, Apple, Lower Cask, Walnut, La Lomita et Lower Garden) et élevé 18 mois en futs de chêne français dont 75 % sont neufs. Les merlots de Rubicon ont été vendangés le 31 aout, les cabernets-sauvignons débutèrent le 5 septembre et les cabernets francs le 28 septembre. Cette cuvée est composée de 86 % de cabernet-sauvignon, 10 % de merlot et 4 % de cabernet franc.

Inglenook – Cabernet Sauvignon – Rutherford Napa Valley – 2017
De très beaux arômes de fruits noirs, de mure, de cassis avec une touche florale proposant iris et violette à l’aération. Le toucher de bouche, très représentatif des cabernets-sauvignons, est droit, précis, alerte avec une fraicheur mentholée et une puissance importante. La finale est fraiche et énergique, deux termes qui définissent ce vin à merveille. Bravo ! – 93/100

Inglenook – Rubicon – Rutherford Napa Valley – 2017
Rubicon possède un nez intense, plein et frais avec des arômes de fruits noirs, d’épices, de réglisse, de graphite et de cèdre et une pointe fumée que l’on ne trouve pas dans la cuvée Cabernet Sauvignon. En bouche, c’est dense, puissant, sapide également, mais sans se départir d’une fraicheur et d’une tension remarquables. Le potentiel de garde est en accord, environ 15 à 40 ans. 95+/100

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