Septembre dynamique pour la Place de Bordeaux

La Place de Bordeaux, c’est un peu cette main invisible d’Adam Smith que l’on conspue quand les marchés spéculent, que l’on accuse quand ils dévissent et que l’on oublie quand tout semble normal. À bien y regarder, c’est surtout une incroyable organisation qui depuis plusieurs siècles permet aux vins de Bordeaux de connaitre un tel succès – et un tel désamour ? – sur l’ensemble de la planète.

Rien ne contrôle cette main invisible. Rien ne la désigne non plus. C’est une organisation intangible pilotée par des femmes et des hommes de l’ombre : les courtiers en vins. Intermédiaires indispensables entre la propriété et le négoce, les courtiers sont des « apporteurs d’affaires » comme on dit pudiquement sur les rives de la Garonne ou des « renifleurs de marchés » comme on me l’expliqua un jour. En fait, ils ne servent pas à grand-chose pour beaucoup de vignerons et de négociants et sont indispensables pour cette même population. Ambivalence quand tu nous tiens !

Toutefois, force est de constater son utilité. Grâce à elle, les négociants bordelais sont parmi les plus puissants au monde dès qu’il s’agit de vendre de grands vins (les petits vins, ce n’est pas leur truc aux courtiers et négociants en grands crus, OK !). Sa structure, son opacité et son mécanisme réservés à des happy few tout concourt à ce qu’elle fasse rêver le monde entier, parfois avec déraison.

Et c’est ce qui se passe depuis quelques années avec les vins internationaux. À peine sortie des torpeurs de l’été, la Place de Bordeaux se met en branle pour commercialiser des vins internationaux, ce que d’aucuns auraient jugé comme une hérésie il y a encore quelques années. Oui, des vins qui sortent du giron de la Gironde. Des vins étrangers quoi ! Des vins chiliens, des vins italiens, des vins californiens, des vins d’Afrique du Sud et cette année, pour la première fois, des vins australiens. On voit même un vin de Châteauneuf-du-Pape. C’est dire. Qui après osera dire que Bordeaux se regarde le nombril ?

La Place de Bordeaux intéresse les grands vins internationaux et tant mieux ! Le premier à faire confiance à cette main invisible fut Almaviva. L’association entre la famille Rothschild, branche Mouton, et les chiliens de Concha y Toro n’est peut-être pas neutre dans cette histoire. Almaviva commercialise près de 90 % de sa mise en marché via la Place de Bordeaux depuis 1998. Opus One, une autre association entre les Rothschild, encore branche Mouton, et la famille américaine Mondavi, est aussi commercialisé via la place depuis 2004 avec son millésime 2001. La famille Albada Jelgersma, propriétaire de Giscours, mais également de Caiarossa en Italie, est présente depuis 2004. Et les connexions bordelaises à travers le monde incitent les acteurs à venir à Bordeaux. Klein Constantia, magnifique vin liquoreux d’Afrique du Sud, dont Hubert de Boüard (Angélus) et la famille Prats (ex Cos d’Estournel) sont actionnaires, est également présent sur la place comme la trilogie Vérité, de Kendall-Jackson et Pierre Seillan (implantés à Saint-Émilion avec Château Lassègue) qui est commercialisée via Bordeaux ou Cheval des Andes, propriété de LVMH, dont on connait l’amour de ce groupe pour les vins de Bordeaux et son organisation commerciale. Même les nouveaux arrivants que sont l’australien Yarra Valley et Beaulieu Vineyard ont des accointances avec Bordeaux. Dans le premier cas, Dominique Portet est originaire de Bordeaux, dans le deuxième le mastodonte australien Treasury Wine Estates a récemment acheté Cambon la Pelouse à Macau dans le Médoc.

D’autres n’ont aucun lien avec Bordeaux. C’est le cas de Tenuta Dell’Ornellaia, arrivée en 2008 pour commercialiser le millésime 2006 de son grand vin Masseto et désormais, Massetino, son second vin. La famille Antinori également qui est arrivée l’année d’après avec son célèbre Solaia ou encore la famille Perrin avec la très célèbre Cuvée Hommage à Jacques Perrin et le vin chilien Seña, tous les deux présents depuis 2011. D’autres ont suivi au cours des cinq dernières années pour faire de la Place de Bordeaux un centre névralgique du commerce mondial du vin en septembre.

Et puis, comme il est toujours bon d’être maitre chez soi, des bordelais ont suivi. Certains grands crus profitent de cet engouement pour commercialiser des millésimes anciens, c’est le cas de Château Palmer avec son 2010 mais également de Château Latour qui mettra en marché son millésime 2009. Et cette année, Yquem, le grand Château d’Yquem à Sauternes, en profitera pour commercialiser son premier millésime en dehors du système des primeurs, le 2018, et son vin sec, Y d’Yquem, dans le millésime 2019. Deux vins que j’ai pu gouter en avant-première.

Seule ombre au tableau et pas des moindres (sic!), l’impossibilité pour les critiques que nous sommes de déguster la plupart de ces vins. Alors que les marchands anglais, concurrents directs de la Place de Bordeaux tout en étant clients (vous imaginez le grand écart artistique et financier non ?), organisent des dégustations pour les critiques anglais, aucun metteur en marché français, qu’il soit réservé aux professionnels ou qu’il soit tourné vers les consommateurs, n’a souhaité organiser une telle dégustation. C’est dommage, les propriétés sont demandeuses de ce genre de dégustation. Allez, soyons positifs, c’est un des axes de développement pour le futur !

Liste des vins commercialisés sur la place de Bordeaux :

Argentine
Catena Zapata
Nicolás Catena Zapata
Uco Valley 2017
Cheval des Andes 2017

Australie
Cloudburst Chardonnay 2018
Cloudburst Cabernet Sauvignon 2017
Wynns Coonawarra Estate John Riddoch Cabernet Sauvignon Coonawarra 2016
Jim Barry The Armagh Shiraz Clare Valley 2016
Dominique Portet Cabernet Sauvignon Yarra Valley 2017

Chili
Seña – Aconcagua – 2018
Errazuriz Viñedo – Chadwick – 2018
Almaviva – 2018
Clos Apalta – Casa Lapostolle – 2017

France
L’Odysée, Vin de France, Rhône, France 2017
Château Palmer – Margaux – 2010
Château de Beaucastel, Coudoulet de Beaucastel, Côtes du Rhône – 2018
Château de Beaucastel, Châteauneuf-du-Pape France – 2018
Château de Beaucastel, Hommage à Jacques Perrin, Châteauneuf-du-Pape – 2018
Château Latour 2009
Château d’Yquem 2018
Château d’Yquem, Y d’Yquem 2019
Baronarques – Limoux rouge – 2018
Baronarques – Limoux blanc – 2018

Italie
Caiarossa – Italie – Toscane – 2017
Orma – Bolgheri – 2018
Fattoria Petrolo – Galatrona – 2018
Mazzei – Siepi – Bolgheri – 2018
Podere Giodo – Brunello di Montalcino – 2016
Caiarossa – Rosso di Toscana – 2017 (dégustation à venir)
Bibi Graetz – Testamatta – Toscane – 2018
Bibi Graetz – Colore – Toscane – 2018
Antinori – Solaia – Toscane – 2017
Masseto – Massetino – Tuscany, Italy
Masseto – Tuscany – 2017

Afrique du Sud
Klein Constantia – Vin de Constance – 2017 

Uruguay
Bodega Garzón – Balasto – 2015
Bodega Garzón – Balasto – 2016
Bodega Garzón – Balasto – 2017

Etats-Unis
Opus One – Napa Valley – 2017
Opus One – Overture
Inglenook – Rubicon – 2017 (dégustation à venir)
Inglenook – Cabernet Sauvignon – 2017 (dégustation à venir)
Inglenook – 1882 – 2017
Inglenook – Rubicon – 2013
Vérité – La Joie – 2017
Vérité – La Muse – 2017
Vérité – Le Désir – 2017
L’Aventure – Estate Cuvé – 2018
Beaulieu Vineyard – Georges de Latour Private Reserve Cabernet Sauvignon – 2017
Quintessa – Napa Valley – 2017
Joseph Phelps – Cabernet Sauvignon – 2017
Joseph Phelps – Insignia – 2017
Dalla Valle Vineyards – Maya – 2017
L’Aventure – Optimus – 2018
L’Aventure – Côte à Côte – 2018
Quintessa – 2016
Quintessa – 2013
Quintessa – 2010

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