Un millésime contrasté en Beaujolais.

Un millésime contrasté en Beaujolais.

C’est une terre de contraste. D’un côté une production de vins de masse, très rapidement mis sur le marché, des vins de plaisir dit-on (pas tous !), des vins de copains aussi. Cela, c’est le Beaujolais qui produit les beaujolais-villages et les beaujolais nouveaux. C’est plutôt le sud. À contrario, au nord, les terroirs sont beaucoup plus qualitatifs. C’est le royaume des crus avec des terroirs granitiques, schisteux, très pauvres où la vigne doit puiser dans ses réserves et souffre énormément. Pourtant, on peut y réaliser des vins magnifiques à condition de pratiquer un travail de fond à la vigne, de gagner en épure à la vinification et d’être sans concession sur tous les aspects du métier. Alors s’ouvre à vous un autre Beaujolais. Celui des grands vins, des vins de garde, des vins tendus et ciselés, bien loin des artefacts que l’on nous impose depuis plusieurs années. A ce jeu-là, Fabien Duperray, du Domaine Jules Desjourneys, est l’un des précurseurs. Sa vision paysanne des terroirs, son approche qualitative font de lui une merveilleuse source d’information pour qui souhaite comprendre le millésime dans la région. Profitons-en.

Le mildiou, il a fallu le contrôler

« En 2018, nous sommes passés à travers les aléas climatiques », commence-t-il de sa voix rocailleuse. « Le millésime est relativement précoce et solaire. Plusieurs vagues de canicule et la plante a eu beaucoup de mal à s’adapter aux périodes de sècheresse ». La parole est franche, saccadée, précise.
« Ce qui est étonnant c’est la belle floraison avec une quantité importante. Le mildiou, il a fallu le contrôler. La fin de saison est extraordinaire et la plante avec son feuillage a permis une maturité parfaite et une quantité assez prolifique. Et chez nous, c’est 30 hl/ha ! »
« La plante a tout emmené. Pas de tri, un peu de raisins secs et flétris, c’est inévitable, mais c’est anecdotique ».
« Ensuite on a ramassé tôt, mais très lentement pour s’adapter aux terroirs. On a commencé le 26 aout et on a fini il y a 4 à 5 jours ». Aux alentours du 15 septembre donc.
« Le vin dépendra des choix de la viticulture. De manière générale les vins seront fruités avec pas forcément une grande profondeur. Ça, c’est le général. Les viticulteurs plus exigeants ont des acidités très bonnes et la différence se fera sur le murissement des tanins et sur cet élément plaisir qu’est la fraicheur ». Notre vigneron commence à devenir plus disert !

fabien_duperray

« On sera sur le croquant avec des équilibres qui se rapprochent des grands vins blancs. Vous savez, la différence entre le gamay et le pinot noir, c’est la largeur. Le gamay est plus traçant. Le pinot plus large. Et cette année on a les deux. Les équilibres sont magnifiques. Ceux qui préservent l’acidité auront des vins dynamiques et digestes ». Diable, c’est une plaidoirie à ce stade !

Ce sera un millésime curieux pour ceux qui vont pratiquer la macération carbonique

Mais à la question de savoir si les techniques utilisées en Beaujolais ne vont pas amoindrir le millésime, notamment concernant l’utilisation de la macération carbonique, notre vigneron s’épanche légèrement plus. « Ce sera un millésime curieux pour ceux qui vont pratiquer la macération carbonique » renchérit M. Duperray. « La carbo (le nom donné à cette technique – NDLR) efface le lieu. C’est surement bien pour les beaujolais et beaujolais-villages, mais moins pour les crus. En plus, elle mange 50% des acides maliques donc beaucoup de vins ne feront pas leur malo ». Là on est au coeur des problématiques en terres beaujolaises !

Effectivement, ce choix de vinification sera un élément déterminant qui marquera les beaujolais de crus du millésime 2018. D’un côté des vins gourmands et friands, certes, mais aux équilibres et aux matières pas très stables, de l’autre des vins frais, digestes, équilibrés et parfaitement bâtis pour la garde. Un grand millésime assurément mais sur une terre de contraste.

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