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Une présidence bicéphale et une « Cité du Vin » à Sauternes

Face aux soucis économiques récurrents que connait l’appellation Sauternes, il convient de bouger les lignes et d’insuffler une nouvelle dynamique. Cela semble être le cas de la nouvelle coprésidence de l’ODG (Organisme de Défense et de Gestion) de Sauternes et Barsac dont David Bolzan (Directeur de Château Lafaurie-Peyraguey), de Sauternes, et Jean-Jacques Dubourdieu (Château Doisy Daëne et Château Cantegril), de Barsac, ont pris la tête. Pour valider cette coprésidence, ils ont fait évoluer les statuts et ont augmenté le nombre de sièges au conseil d’administration à (21 membres au lieu de 16) pour accueillir de nouveaux arrivants tout en préservant les membres en place.

Déjà une victoire, car ils auront besoin de toutes les énergies pour mener à bien les futurs chantiers et éliminer les tensions intestines qui couvent dans le vignoble. « Sauternes a un souci d’offre. Les vins ne sont plus présents dans les caves » explique David Bolzan. Il est vrai que depuis quelques années, les consommateurs boudent les vins sucrés, un désastre pour la région.

Pour que Sauternes « revienne dans les caves », David Bolzan entend donc créer de nouveaux moments de consommation : « Sauternes connait une crise de l’innovation, notamment dans les accords mets et vins. Notre meilleure opportunité, c’est le l’apéritif. Et pourquoi pas en cocktail ». Le mot est lancé !

Depuis quelques années, les vignerons de Sauternes cherchent des palliatifs à la méforme économique. Le cocktail, un temps mis en avant par la famille Cathiard dans un tollé général, semble aujourd’hui réapparaitre comme une solution à la crise. Il faut dire que David Bolzan est bien placé, lui qui dirige également le restaurant étoilé de Château Lafaurie-Peyraguey. Il y propose des cocktails et des déclinaisons d’infusions ou de macérations à base de Sauternes : « nous voulons remettre Sauternes dans un contexte festif et apéritif » indique-t-il.

Et il faut avouer que gustativement, les essais semblent concluants. Le cocktail proposé au restaurant, un verre de Sauternes avec des glaçons et un zeste d’orange, change radicalement la perception du sucre (les glaçons amoindrissent la lourdeur du sucre) et le zeste d’orange laisse ressortir des arômes moins entêtants et un peu plus épicés. Pourquoi pas ? D’autant que les grosses locomotives semblent adhérer : le mythique Château d’Yquem prône sur les réseaux sociaux une consommation plus décomplexée, à base de cocktail, tout en s’appuyant sur son dernier bébé : « Sauternes », un vin produit à Yquem et plus abordable que le grand vin. Alors oui, il restera toujours d’irréductibles Gaulois. Mais la critique n’est-elle pas aisée quand les revenus familiaux ne dépendent pas des revenus générés par les propriétés viticoles sises à Sauternes ? J’entends également quelques perfides remarques : « nous n’allons pas acheter des bouteilles à 50 € ou 60 € pour réaliser des cocktails ! » Certes. Mais au Château Lafaurie-Peyraguey, comme ailleurs, le cocktail peut être réalisé avec le second vin, bien plus abordable, « à moins de 20 euros » la bouteille explique David Bolzan.

Cette mutation de consommation, qui sera pour Sauternes une nouvelle corde à son arc, ne manquera pas de faire parler dans les chaumières et ne doit pas occulter les autres chantiers avec en priorité les vins secs. On le sait, il est possible de réaliser des vins secs à Sauternes. Seul souci : l’appellation. En effet, doit être apposée l’appellation « Bordeaux blanc » pour toute production sauternaise, ce qui permet à des raisins d’autres régions productrices de vins blancs à Bordeaux d’intégrer une cuvée originaire de Sauternes. Une hérésie lorsque l’on sait que les vins secs de Sauternes sont produits sur de magnifiques terroirs de raisins blancs, avec une viticulture de qualité, par des « crus classés » ce qui entraine un cout plus élevé. Ceci justifierait amplement la création d’une zone de production délimitée…mais aussi une appellation ou une mention spécifique pour les singulariser des Bordeaux blancs et autres Graves blancs. Un « vaste sujet » concèdent les deux élus.

Enfin, troisième axe de travail : l’oenotourisme. Un projet de Cité du Vin est actuellement dans les cartons. Sur un terrain en plein coeur de Sauternes, les nouveaux élus souhaitent construire, avec échéance la fin de leur mandat de 5 ans, une « Cité du Vin de Sauternes ». Des contacts ont été pris avec la Cité du Vin de Bordeaux qui se joint au projet. Objectif : faire de Sauternes une destination clé dans l’offre touristique bordelaise et permettre aux consommateurs de visiter la région « dans les meilleures conditions » affirment les deux présidents en coeur. Un projet d’autant plus intéressant que les offres de restauration et d’hébergement connaissent ces dernières années une recrudescence importante, sans compter l’ouverture du célèbre Château d’Yquem au public qui connait un vrai succès.

Plus que jamais, cette présidence bicéphale semble prendre les problèmes à bras le corps sans les éluder et avec l’enthousiasme de la jeunesse. Il n’était que temps !

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