Coup de froid sur la Bourgogne

Coup de froid sur la Bourgogne

Quand d’aucuns trucidèrent la poule aux œufs d’or ou que la montagne accoucha d’une souris, la vente des vins des Hospices de Beaune vécut en ce dimanche de Novembre 2016 une révolution copernicienne. Jugeons-en. Avec une baisse de quelques 26,36%, la somme récoltée pour le fonctionnement de l’hôpital de Beaune est en chute libre, même si quelques inféodés optimistes nous exhortent à regarder le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, arguant qu’il s’agit du deuxième meilleur résultat de toute l’histoire.

Si perdre 2,9 millions d’Euros est une gageure, car la vente précédente récolta près de 11,3 millions d’Euros contre 8,4 millions cette année, interrogeons-nous sur le pourquoi d’un système qui ne tourne plus rond. Cela aura pour effet de ne point nous focaliser sur des montants bien trop importants pour nous, pauvres béotiens.

Prenons l’emblème de la vente, la pièce du Président. Traditionnellement destinée à des œuvres hors l’hôpital de Beaune, elle est toujours parrainée par des célébrités censées faire monter les enchères par leurs seules présences. Des célébrités franco-françaises pour un marché éminemment international. Cette pièce, donc, enregistre une baisse historique de près de 280 000 Euros. L’année dernière, la pièce de Corton Renardes Grand Cru, année 2015, était adjugée à 480 000 Euros. Cette année, elle fut acquise pour 200 000 Euros pour un Corton Les Bressandes Grand Cru, millésime 2016. Autres temps, autres mœurs, dit-on. Soit. Mais sans vouloir exagérer l’importance du millésime, il apparait très incertain que le seul facteur de l’année soit la variable d’ajustement d’un prix devenu ridiculement élevé.

Des prix très élevés, c’est effectivement, le premier constat que nous pourrions faire d’une Bourgogne devenue omnipotente. Les prix ont atteint des niveaux très élevés, trop élevés si l’on juge par la qualité et les consommateurs ont l’impression d’être les dindons d’une farce qu’ils ne maitrisent pas.

Ces consommateurs justement, pour la plupart internationaux, qui ont déserté cette année les bancs de la salle de vente aux enchères. Près de 80% des acquisitions ont été réalisées par des négociants, revenus en force, qui comptent bien faire mordre la poussière à une maison de vente aux enchères, Christie’s, qui n’a fait que jouer la spéculation outrancière depuis des années.

Cette maison de vente aux enchères qui a tout misé sur les « people » fortunés, bien sûr, au détriment d’un écosystème complexe et traditionnel, balayant d’un revers de main un ordre établi. Seulement voilà, les négociants grâce au retrait avéré des consommateurs entendent bien redevenir les maîtres du jeu et refaire des Hospices de Beaune l’un des phares économiques de la campagne à venir.

D’ailleurs, ces fameux producteurs et économistes patentés qui nous expliquaient par l’absurde que les prix de la Bourgogne, beaucoup trop bas si nous en jugions par la demande (étonnamment la qualité n’étant plus à l’ordre du jour dans de tels propos) devaient connaitre une hausse au regard du montant toujours exponentiel de la dite vente des vins des Hospices, auront-ils un sursaut d’orgueil, à défaut d’intelligence, pour aujourd’hui nous expliquer que les prix doivent obligatoirement baisser ?

Et les critiques, qui se ruent en masse vers ce week-end très « people », dégustant des vins qui n’ont même pas fini leurs fermentations malolactiques, auront-ils la vigilance nécessaire pour critiquer un système qui pourtant les nourrit ?

Cette vente des vins des Hospices de Beaune annonce donc une révolution à venir. Une Bourgogne qui devra nécessairement se réinventer, économiquement et qualitativement. Une Bourgogne qui perd, peu à peu son âme, son héritage, sa tradition pour satisfaire la spéculation outrancière des riches de la planète. Les terres deviennent inaccessibles aux familles, les propriétés atteignent des prix fous et il sera très complexe, voire impossible, pour les générations futures de ne pas vendre les domaines à des investisseurs en mal de reconnaissance culturelle.

Cette vente est comme un coup de froid sur l’optimisme général. En écartant ses valeurs, espérons que la Bourgogne comprendra que le traditionnel a parfois du bon et qu’elle devra retrouver cette lenteur, cette singulière lenteur, bien loin de la frénésie spéculative, pour épouser l’éternité.

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