Les tendances vin pour 2018

Les tendances vin pour 2018

Quelques tendances pour 2018.

– Premiumisation du Languedoc

C’est un mot qui sonne mal, car il sonne anglais. Mais il a le mérite de la compréhension. Dans la guerre des prix qui oppose les vins du Languedoc à ceux de l’Espagne, il parait inévitable à la viticulture languedocienne de jouer la carte de la montée en gamme. Des vins de terroir donc, à défaut de vins de tiroir, où l’expression même du terrain est retranscrite dans le verre. Pour cela, il faut des instances fortes, des vignerons conscients que l’enjeu est dans la qualité et pas forcément dans le prix. Voeux pieux ? Nous verrons.

– Digitalisation et croissance de la vente en ligne

Ce n’est plus un secret, le vin connait une croissance exponentielle dans l’univers de la vente en ligne. Les start-up se développent souvent avec des sommeliers/stars/consultants/vendeurs/acheteurs, des couteaux suisses de l’information détournée. Le rachat du Petit Ballon par Vente-Privée fera date et d’autres initiatives risquent d’arriver dans les mois à venir. En tout état de cause, la part du digital (réseaux sociaux et vente en ligne) sera croissante en 2018 et le chiffre d’affaires de la vente en ligne risque d’exploser. Il faut dire que tout est encore à créer et que de nombreuses initiatives voient le jour.

– Un nouveau modèle économique pour la presse

Le départ de Neal Martin de The Wine Advocate (Robert Parker) chez le concurrent parricide Vinous (Antonio Galloni) marque un changement copernicien de la critique américaine. R. Parker n’est plus le centre. En France, l’avortement du rachat de Bettane+Desseauve par Le Figaro marque aussi un tournant. La presse vin se meurt. Les critiques indépendants et les offres payantes vont tendre à se multiplier et à remplacer les offres publicitaires dominées par le brand content que les lecteurs n’appellent plus de leurs voeux. Internet devrait jouer un rôle moteur dans un monde du vin de plus en plus surchargé en information. Vivre ou mourir, telle sera la question.

– Des vins plus frais, plus digestes, plus fruités

C’est une révolution déjà amorcée, mais qui a vu son acmé intellectuelle en 2017. Aujourd’hui, les consommateurs recherchent des vins plus frais, plus digestes, plus fruités, quitte à privilégier la macération carbonique (comme beaucoup de vins nature, d’ailleurs) pas toujours très qualitative. Peu importe, l’essentiel est bien dans la volonté de plaisir, d’instantanéité, de gourmandise. Un point essentiel pour tout amateur de vins.

– Une atomisation des vins nature au profit des vins biodynamiques

Ils ont fait beaucoup de bruit en 2017. Beaucoup de jérémiades également. Les serviteurs de la cause commencent à dévoiler leurs vrais visages d’évangélisateurs au profit de leur propre cause mercantile. Alors, de nombreux vignerons nature tendent à aller voir de l’autre côté, du côté des vins biodynamiques. Là-bas, il y a un cahier des charges, une déontologie, une vraie philosophie. Au grand bonheur des consommateurs, qui ne s’y trompent pas.

– La fin du Bordeaux bashing

Il était de bon ton, fin 2016 et début 2017, de taper sur Bordeaux. Des qualités pas toujours au rendez-vous (il faut le reconnaitre) et des prix pas toujours fixés avec élégance. Mais voilà, la Bourgogne rêve de financiarisation, beaucoup de vins du Languedoc sont devenus excessivement chers par rapport à la qualité, la Loire se cherche, d’autres régions connaissent des hausses de prix importantes, ce qui suffit à revenir dans le jeu. D’autant que des millésimes comme 2016 et 2017 sont taillés pour la mode contemporaine de la fraicheur et du fruité. Conjugués à cela des rapports qualité/prix que tout le monde reconnait et le Bordeaux bashing (très parisien) semble s’envoler.

– Financiarisation des terres

En Bourgogne notamment, la terre atteint des sommets de prix. Les derniers achats le prouvent, les grands mouvements sont déjà à l’oeuvre. Dans les prochains mois d’ailleurs, certaines annonces feront, encore, couler beaucoup d’encre. À Bordeaux, c’est le même débat. Si certaines familles peuvent encore rivaliser, il semble que les institutionnels commencent à prendre la main sur le vignoble. Certains s’en émeuvent. Quand on voit les efforts que font ces néopropriétaires à Calon Ségur ou à Soutard, par exemple, cela est préférable à la disparition programmée de belles propriétés. Quoi qu’il en soit, la terre n’aura jamais couté aussi cher et cette tendance n’est pas près de s’estomper.

– Des prix en hausse à cause d’une faible production

Feux de forêt, sècheresse, gel et grêle, effets d’El Niño, rien n’aura été épargné au millésime 2017. Conséquences, une baisse importante de la production mondiale qui devrait, malheureusement, avoir pour effet une hausse inexorable des prix. Mais à part vivre ailleurs, nous sommes encore et toujours dans un système d’offre et de demande.

– Le vin ET la gastronomie

L’émergence des bars à vin, des caves à manger, des restaurants/bistrots mettant l’accent sur des vins abordables, définis par une philosophie, sera une tendance forte de 2018. Comme en 2017 d’ailleurs. Ce qui va changer ? Que la presse considère enfin le vin comme partie intégrante de l’art de la gastronomie et que l’on redonne ses lettres de noblesse aux accords mets et vins ou au melting pot culturel entre gastronomie et vin.

– Vins urbains et négoce

Que ce soit en ville, pour les vins urbains, ou dans le vignoble, pour le négoce, l’achat de raisins devient une tendance de fond. Des vignerons bordelais ou bourguignons connus qui signent des bouteilles dans des appellations moins prestigieuses pour valoriser leurs marques et leurs savoir-faire, aux wineries urbaines qui fleurissent dans la capitale ou ailleurs, la tendance à acheter du raisin et à le vinifier selon son savoir-faire propre va fortement se développer. Déjà en Bourgogne, nombreux sont les vignerons qui proposent des vins de « maison » ou de « négoce ». L’heure du vinificateur en tant que marque est arrivée.

– Pression sociétale

À juste titre, les consommateurs sont de plus en plus soucieux de leur santé. Ils demandent donc d’être informés et rassurés. En cela, la pression sociétale est forte sur une viticulture pas toujours irréprochable, quelle que soit la région. Alors, la rue gronde et les vignerons devront s’adapter. Fort heureusement, d’ailleurs. C’est une lame de fond, que beaucoup n’ont pas encore identifiée, malheureusement !