Temps de cuisson du rôti Orloff déjà préparé : le guide par poids

Photo of author
Ecrit par Fabien Dubois

Rédacteur expert en vins et spiritueux depuis 2009. Passionné par le terroir français.

En bref

Un rôti Orloff déjà préparé se cuit à 180 °C au four, en deux temps : couvert d’aluminium au début, découvert en fin de cuisson pour gratiner. Comptez 35 à 45 minutes pour 1 kg, un peu plus au-delà, avec 10 à 15 minutes de repos obligatoire avant de trancher. Visez 65 à 70 °C à cœur pour le porc, 60 à 63 °C pour le veau.

Poids Four 180 °C classique Repos
800 g 35 à 40 min (30 couvert + 5 à 10 gratin) 10 min
1 kg 40 à 45 min (30 couvert + 10 à 15 gratin) 10 à 15 min
1,5 kg 55 à 60 min 15 min
2 kg 1 h 10 à 1 h 20 15 à 20 min

Temps de cuisson au four : le tableau par poids (porc)

Temps de cuisson du rôti orloff déjà préparé : le guide pratique

La règle que j’applique, c’est 180 °C au four classique, ou 170 °C en chaleur tournante, avec une phase couverte puis une phase découverte pour gratiner. La chaleur tournante cuit un peu plus vite et grille le fromage plus tôt, ce qui oblige à surveiller le gratin de près. Le four à convection naturelle laisse plus de marge.

Poids du rôti (porc) Four classique 180 °C Chaleur tournante 170 °C Repos
600 g 30 à 35 min (25 couvert + 5 à 10 gratin) 25 à 30 min 10 min
800 g 35 à 40 min (30 couvert + 5 à 10 gratin) 30 à 35 min 10 à 15 min
1 kg 40 à 45 min (30 couvert + 10 à 15 gratin) 35 à 40 min 10 à 15 min
1,2 kg 45 à 50 min 40 à 45 min 15 min
1,5 kg 55 à 60 min 50 à 55 min 15 min
2 kg 1 h 10 à 1 h 20 1 h à 1 h 10 15 à 20 min

Quelques remarques concrètes à prendre avec ce tableau.

En dessous de 600 g, je laisse tomber l’Orloff. Le rôti sèche trop vite, le temps de gratiner correctement le fromage, la viande est déjà passée. Sous cette barre, mieux vaut une escalope farcie ou un paupiettes.

Au-dessus de 1,5 kg, il faut baisser la température et allonger. Pour un rôti de 2 kg, je démarre à 160 °C pendant 1 heure sous aluminium, puis je monte à 180 °C les 15 dernières minutes pour faire prendre le gratin. Si on reste à 180 °C tout du long, le fromage brûle avant que le cœur ne soit cuit. C’est la cause numéro un des Orloff ratés sur les gros formats.

Les vieux fours chauffent moins que les neufs. Un four à pyrolyse récent peut être 10 à 15 °C plus haut que ce qu’il affiche ; un four de location ou de vieille cuisine, l’inverse. Si vous ne connaissez pas votre four, le thermomètre à cœur tranche le débat (j’y reviens plus bas).

Le plat compte plus qu’on ne croit. Un plat trop grand laisse les sucs s’évaporer et dessèche le rôti par les flancs. Je prends toujours un plat juste à la taille du rôti, avec deux doigts de bord tout autour, et j’ajoute un demi-verre de bouillon de volaille (ou d’eau, à défaut) au fond avant d’enfourner.

Rôti Orloff de veau : les temps sont différents

Temps de cuisson du rôti orloff déjà préparé : le guide pratique

Le veau est plus maigre, plus tendre, moins gras que le porc. Ce qu’il aime, c’est une chaleur un peu plus douce et un temps un peu plus court, sous peine de virer carton. Voici le tableau que j’utilise pour un rôti de veau Orloff déjà préparé :

Poids du rôti (veau) Four classique 170 °C Repos
800 g 30 à 35 min (25 couvert + 5 à 10 gratin) 10 min
1 kg 35 à 40 min 10 à 15 min
1,2 kg 45 à 50 min 15 min
1,5 kg 55 à 60 min 15 min

La température à cœur cible pour le veau, c’est 60 à 63 °C. Au-delà de 65 °C, on bascule dans une viande grise et triste qu’aucune sauce ne rattrape. Servir un veau Orloff à 70 °C, c’est gâcher la matière première, et c’est probablement le pire service qu’on puisse rendre à un boucher qui a sélectionné un beau carré.

A lire également :  Shinko Opera avis : que vaut ce restaurant japonais réputé basé à Paris ?

Une astuce que je tiens de Claire : badigeonner le veau de beurre clarifié avant de l’enfourner. Le beurre fondu se tient mieux que l’huile à la cuisson, n’a pas ce goût de friture qui monte si on saisit dans de la matière grasse ordinaire, et aide à la coloration du dessus sans forcer le four. Sortez-le du frigo au moins 45 minutes avant la cuisson, sinon le cœur reste froid au moment où le dessus est déjà cuit.

La méthode en cinq gestes (celle que j’applique chez moi)

Temps de cuisson du rôti orloff déjà préparé : le guide pratique

Un tableau de temps ne suffit pas. Ce qui fait la différence entre un Orloff correct et un Orloff mémorable, ce sont cinq gestes que je vais détailler comme je les fais.

Geste 1, le tempérage. Je sors le rôti du réfrigérateur 30 à 45 minutes avant de lancer le four. L’idée n’est pas de le laisser tiédir, mais d’éviter qu’il entre dans un four chaud en étant glacé à cœur. Un rôti qui entre à 4 °C met beaucoup plus de temps à monter, et pendant ce temps l’extérieur continue de cuire, le fromage continue de colorer. Résultat : dessus trop cuit, cœur pas encore prêt.

Geste 2, la saisie à la poêle. Beaucoup d’articles recommandent de saisir le rôti à la poêle avant de l’enfourner, pour obtenir une croûte bien colorée. Je ne la fais plus systématiquement. Pourquoi ? Parce que les Orloff déjà préparés du commerce sont souvent bardés ou ficelés serré, la saisie tend à faire sortir le fromage des tranches et à cramer la ficelle. Quand le rôti vient d’un bon boucher et qu’il est juste ficelé simple, je saisis 1 minute par face dans une sauteuse bien chaude avec un peu de beurre clarifié. Quand c’est un produit de grande surface, je passe cette étape et je compte sur le gratin final pour la coloration.

Geste 3, la phase couverte. Le rôti dans son plat, un demi-verre de bouillon au fond, une feuille d’aluminium posée en tente (pas serrée, elle ne doit pas coller au fromage). Four 180 °C, temps selon le tableau. Toutes les dix à douze minutes, j’ouvre rapidement, je prends le jus au fond avec une cuillère, je le verse sur le dessus du rôti. L’arrosage régulier, c’est ce qui évite que le haut ne sèche avant que le cœur soit cuit. Dix secondes par passage, pas plus : on ne reste pas la porte du four ouverte.

Geste 4, la phase gratin découverte. Je retire l’aluminium, je monte éventuellement le four à 200 °C ou je passe sur position grill doux pendant 5 à 10 minutes maximum. Le fromage passe très vite de « doré » à « brûlé », c’est ici qu’il faut rester dans la cuisine. Si le dessus est déjà coloré avant la fin du temps, je recouvre aussitôt d’alu et je baisse à 160 °C pour finir la cuisson à cœur sans insister sur le gratin.

Geste 5, le repos. C’est l’étape que neuf cuisiniers du dimanche sur dix bâclent. Le rôti sort du four, on le pose sur une planche, on le couvre d’alu posé sans serrer et on laisse 10 à 15 minutes. Pendant ce repos, les fibres de la viande se détendent et les sucs se redistribuent. Sans repos, vous tranchez un rôti qui saigne son jus sur la planche et vous servez une viande sèche alors qu’elle ne l’était pas dans le four. C’est bête, mais c’est le cœur de l’affaire.

A lire également :  Quel temps de cuisson pour les artichaut à la cocotte minute Seb ?

Température à cœur : le seul indicateur qui ne ment pas

Un four ne chauffe jamais comme un autre. Un rôti de 1 kg peut être plat et long ou épais et trapu, ce qui change le temps de cuisson à poids égal. La seule donnée qui ne triche pas, c’est la température à cœur, mesurée au thermomètre à sonde. J’en ai cassé trois en quinze ans, et chacun m’a rendu cent fois son prix.

Cuisson souhaitée Porc (T° à cœur) Veau (T° à cœur) Aspect du jus
Juste cuit, rosé 63 à 65 °C 58 à 60 °C Jus rosé clair
À point 68 à 70 °C 62 à 63 °C Jus clair, non rosé
Bien cuit 72 à 74 °C 65 à 67 °C Jus abondant et clair

La sonde se plante au centre du rôti, entre deux tranches, en visant la partie la plus épaisse. Attention à ne pas la planter dans une poche de fromage fondu : le fromage monte plus vite en température que la viande, et vous aurez une lecture faussée de plusieurs degrés. Si l’on n’a pas de sonde, on peut piquer rapidement le centre avec une pointe de couteau fin et regarder la couleur du jus qui en sort. Jus clair et chaud, c’est cuit. Jus rosé ou rose soutenu, il faut encore quelques minutes.

Prise de position claire : un thermomètre à sonde coûte entre 12 et 20 euros, c’est moins cher qu’un rôti raté un dimanche où vous avez invité du monde. Si vous cuisinez sérieusement de la viande, ne pas en avoir est une perte de temps et une perte de plaisir.

L’accord du soir : Pinot Noir, et pourquoi pas un contrepoint blanc

Sur un Orloff, la voix paresseuse dirait « un vin rouge ». C’est juste mais c’est court. Le plat joue sur trois notes : la viande fondante, le jambon salé, le fromage fondu et gratiné. Un vin qui vient écraser ça avec des tanins durs ou un alcool écrasant rend le service pénible. Ce qu’il faut, c’est un vin avec du fruit, de la fraîcheur et juste assez de structure pour tenir la matière grasse.

Mon choix par défaut : un Pinot Noir de Bourgogne, et pas forcément un grand cru. Un Hautes-Côtes-de-Nuits ou un Hautes-Côtes-de-Beaune d’un vigneron sérieux (il y en a plein, je ne vais pas faire la liste) fait très bien l’affaire pour un dimanche. Si l’occasion justifie un peu plus de matière, un Gevrey-Chambertin village ou un Marsannay de quelques années apporte cette note de sous-bois qui s’accroche au fromage gratiné.

Vin Rouge Bourgogne Verre

Pour sortir de la Bourgogne, un Saint-Amour (un des dix crus du Beaujolais) marche très bien : fruit franc, structure légère, aucun combat avec le jambon. Je l’ai servi l’hiver dernier sur un Orloff de porc à la farce un peu relevée, ça a été un joli accord.

Et un blanc, alors ? C’est là que je prends parti, parce que personne ne le fait : oui, un blanc peut marcher, à condition d’avoir de la matière. Sur une variante avec du foie gras entre les tranches, je pars volontiers sur un Meursault un peu boisé, ou un vieux Chenin de Loire sec (Saumur-Champigny en blanc, ou un Savennières qui a pris trois ou quatre ans). La gras du vin dialogue avec le gras de la farce, et le fromage trouve un interlocuteur plutôt qu’un adversaire.

Ce que j’évite systématiquement : les Cabernets trop tanniques (Bordeaux rives gauches jeunes, certains Cahors), qui assèchent la bouche sur le fromage, et les Syrahs très poivrées (Cornas jeune, Côte-Rôtie à peine descendu en cave), qui écrasent la délicatesse du jambon. Ce sont de grands vins, mais pas pour ce plat.

A lire également :  Pecorino enceinte : un fromage autorisé ou à éviter ?

Trois variantes pour changer sans trahir la recette

On peut sortir du classique sans dévoyer. Voici trois déclinaisons que j’ai testées, chacune avec son accord.

Festive au foie gras. Glissez deux fines lamelles de foie gras mi-cuit entre certaines tranches juste avant la phase gratin, pas avant (il ne supporterait pas 30 minutes à 180 °C). Le foie fond doucement pendant les dernières minutes et s’incorpore au jus. Accord idéal : un Chambolle-Musigny village, pour la finesse, ou un Meursault si vous voulez tenter le blanc dont je parlais plus haut.

Provençale. Ajoutez quelques tomates séchées hachées et un peu de tapenade d’olives noires dans les interstices à la place du jambon (ou en plus). Herbes fraîches dessus : thym frais et romarin. Le jus en fin de cuisson devient presque méditerranéen. Accord : un Bandol rouge de trois ou quatre ans, ou un Côtes-de-Provence rouge avec un peu de garde.

Normande. Remplacez le Gruyère par du Camembert (coupé en lamelles sans la croûte), ajoutez une demi-pomme râpée et déglacez le plat avec un filet de cidre brut à mi-cuisson. C’est plus gourmand, plus rustique, presque un plat d’automne. Accord : cidre brut de ferme (un Cambremer, par exemple), ou un Montlouis sec bien vif.

Conservation, réchauffage et les questions qui reviennent

Peut-on préparer un rôti Orloff la veille ? Oui, mais à deux conditions. Premièrement, si vous le montez vous-même (tranches, jambon, fromage, ficelage), montez-le la veille, enveloppez-le bien filmé et laissez-le au frais jusqu’au jour J. Sortez-le 45 minutes avant la cuisson pour le tempérer. Deuxièmement, ne le cuisez pas la veille pour le réchauffer : le fromage devient caoutchouteux, la texture s’effondre. La cuisson se fait toujours le jour du service.

Comment réchauffer sans dessécher ? Four à 150 °C pendant 15 à 20 minutes, rôti (ou tranches) dans un plat couvert d’aluminium, avec deux cuillères à soupe du jus de cuisson d’origine (ou à défaut un peu de bouillon). Évitez le micro-ondes : il explose le fromage et durcit la viande. Si vous n’avez que ça sous la main, intervalles de 30 secondes à puissance moyenne, en arrêtant dès que les tranches sont chaudes au doigt.

La congélation, c’est possible ? Cru, oui : un rôti Orloff monté et filmé serré se conserve environ deux mois au congélateur. Décongélation au réfrigérateur 24 heures avant cuisson, puis 45 min de tempérage. Cuit, c’est risqué : le fromage vire granuleux au dégel. Je déconseille, sauf si on n’a pas le choix.

Combien de personnes avec un rôti de 1 kg ? Quatre personnes généreusement servies, cinq si les accompagnements sont copieux (gratin dauphinois, pommes grenailles). Pour six convives, je pars sur 1,3 ou 1,5 kg. Pour huit, deux rôtis de 1 kg plutôt qu’un seul gros morceau : la cuisson est plus maîtrisable et chacun a un beau grattin sur le dessus.

Mon rôti est sec, qu’est-ce que j’ai raté ? Trois causes possibles, souvent combinées. Un, le four était trop chaud (200 °C au lieu de 180) ou la chaleur tournante a accéléré la cuisson sans compensation. Deux, l’aluminium a été oublié ou mal posé : la phase couverte est indispensable pour maintenir l’humidité. Trois, le rôti n’a pas reposé assez longtemps avant d’être tranché. Si la température à cœur dépassait 72 °C (porc) ou 65 °C (veau), c’est trop cuit, et aucune astuce de sauce ne rattrapera la viande. La prochaine fois, thermomètre à la main et patience sur le repos.

L’Orloff, une affaire qui a commencé avec un prince russe et du veau

Urbain Dubois a servi quelques années chez Alexis Orloff, dignitaire russe en poste à Paris dans les années 1860. C’est là qu’il met au point ce qui deviendra la recette : un rôti de veau tranché en accordéon, fourré d’une sauce Soubise (oignons fondus et riz passés au tamis), d’une duxelles de champignons, et nappé d’une Mornay au gruyère avant le gratin final. Rien à voir avec le rouleau industriel qu’on trouve aujourd’hui en barquette, même si la logique reste la même : intercaler, farcir, gratiner.

Le passage au porc s’est fait progressivement au XX^e siècle, quand le veau est devenu cher et que les bouchers ont cherché un morceau plus généreux, plus facile à travailler en grande série. L’échine, le filet et la pointe de porc s’y prêtent bien. Le plat a perdu un peu de sa noblesse et gagné en accessibilité. Un Orloff de porc bien cuit, avec un fromage qui file et un jus qui déglace la pointe du couteau, ça régale une tablée un samedi soir. Mais il faut assumer que ce n’est pas la même bête — et c’est justement ce qui explique pourquoi les tableaux de cuisson plus haut distinguent les deux.

Et vous, côté accord, vous partez toujours sur un rouge, ou il vous arrive de sortir un blanc pour un Orloff ? Racontez-moi dans les commentaires : je suis curieux de savoir si je suis le seul à défendre le Meursault sur ce plat.

Laisser un commentaire