Qu'est ce qu'un grand vin ?

Hier, lors d’une dégustation très sympathique, un participant m’a demandé la définition d’un grand vin. J’avoue j’ai été complètement désarçonné par la question aussi intelligente qu’abrupte et très intéressante venant d’un néo-amateur de vins. Depuis cette question me taraude l’esprit et je dois avouer que je ne possède pas de définition stricte du terme « grand vin ». Pour moi, la dégustation doit être un moment de partage et d’émotions. Un grand vin est donc un vin qui apporte son lot de passions, d’émotions et de sensibilité. Mais dans cette optique, il apparaît bien difficile, puisque totalement par définition les émotions étant subjectives, de définir de manière objective et analytique un grand vin. Et je pense que nous touchons au problème majeur : l’objectivité et la volonté de posséder le vin par l’analytique.

Aujourd’hui les dégustations des professionnels (critiques ou professionnels du vin) sont un amoncellement de données analytique. Ils dissèquent le moment de la dégustation afin de ne rien perdre des arômes ( à croire que la mode est à la recherche intense et quantifiable d’arômes dans le vin…) et ils s’efforcent de poser les jalons d’une analyse analytique, donc objective selon leurs dires, sans ressentir ni émotions ni passions. J’exagère un peu et je ne pense pas que nombres de critiques ou des professionnels ne ressentent aucune émotion dans leur dégustation, mais je dois dire qu’ils usent d’un talent incroyable pour rendre la lecture des dégustations aussi vivante que le déchiffrement d’une notice de boîte de médicament…

Un grand vin c’est avant tout un vin qui vous donne de l’émotion, de la passion, des sentiments, des ressentis. Nul besoin qu’il soit issu d’un grand cru classé de Bordeaux, l’émotion n’a pas zone géographique déterminée. Quel que soit le prix et quelle que soit la provenance, il existe des grands vins partout. Mais où se trouve la différence entre un grand vin et un très grand vin.

Je pense que dans un premier temps, on ne peut produire de TRES GRANDS VINS, donc des vins uniques, sans terroir. Cette terre qui est à la base de tout, ce doit également d’être travaillé dans les règles de l’art en accord avec le climat du lieu. Ensuite, un TRES GRAND VIN, ne s’exprime peut-être pas immédiatement. C’est en le jaugeant, en l’évaluant que l’on arrive à voir qu’il a du « potentiel » et que nous sommes face à un vin de terroir. Et les sensations exprimées dans ces moments là sont inoubliables. Pour ma part, je me souviendrais toute ma vie d’un Latour 1953, 1945, 1961, 1978 d’un Margaux 1996, 2000 d’un Haut Brion 1989 et 1990, d’un Jayer Echezeaux 1978, d’un Raveneau Les Clos 2000, d’un Coche Dury Perrieres 1998 et de ma première gorgée de Poyeux de chez Foucault, d’une suavité et d’un velouté incommensurable. Je pense, très sincèrement, que le TRES GRAND VIN ne se trouve pas. C’est lui qui vous trouve. C’est pas le flot d’émotions et de sentiments, par la prise de conscience que nous sommes face à un vin de terroir, de grande classe, que nous arrivons à apprécier un grand vin. J’oserais même un phrase un peu mystérieuse mais que tout ceux qui ont eu la chance de découvrir des TRES GRANDS VINS ont sûrement ressenti : un grand vin c’est lui qui vous trouve et qui vous livre, lorsqu’il le désire, tout son potentiel organoleptique.

On ne cherche pas un grand vin, il vient à vous.

Ambroise Chambertin

3 commentaires

  1. Un très grand vin, c’est tout d’abord, pour moi aussi, un très grand terroir dans son entité. Si j’osais une comparaison, je dirai que le terroir c’est le compositeur, et le vigneron le chef d’orchestre, il se doit de servir le compositeur avec justesse et avec brio.
    Même si les commentaires de dégustation sont souvent analytiques, les grandes émotions sont bien réelles, et je partage les vôtres pour certains vins que j’ai bus et que vous citez.

    • mm

      Bonjour Daniel,

      Tout d’abord merci pour votre commentaire et pour vos encouragements. J’aime beaucoup votre métaphore à propos du terroir et je suis totalement d’accord avec cela.

      A bientôt j’espère.
      Ambroise

  2. Pingback: Domaine HUET – Vouvray Haut Lieu – 2006 | Anthocyanes

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